Jésus est en cavale ! Il a réussi à sauter du fourgon noir aux vitres opaques, dans lequel des inconnus cagoulés et armés l’avaient enfermé. Ils lui ont hurlé au visage qu’ils allaient le reconduire à la frontière, et que s’il résistait ils lui raseraient la barbe. Pas la barbe s’est-il exclamé, pas la barbe ! Sans elle je ne peux plus accomplir de miracles, et les gens ont faim, ils attendent mes pains, et les hommes ont soif, ils attendent mon vin, et… tais-toi sale migrant, tais-toi, ou on te jette à la mer. Regarde donc tes nippes, ta dégaine de pouilleux, tes allures de rasta. L’un d’entre eux a même utilisé le terme de « gauchiste ». Jésus ne comprend pas ce qu’on lui reproche. Il l’énonce haut et fort. Je suis la racine, le fondement, l’origine première. Sans moi rien n’aurait existé.  Silence, espèce de hippie. On vous connaît, toi et les tiens. Ça débarque de Syrie, de Palestine ou de je ne sais où. Fiché S, à tous les coups. Je suis pacifiste, amoureux du genre humain, porteur de bonnes nouvelles.  Ben voyons, tu vas nous augmenter peut-être ? Je suis là pour racheter vos péchés. Il faudrait autre chose qu’un clown. Pour vous sauver le jour du jugement dernier. Les juges, on les a dans la poche. Celui qui va nous mettre en prison n’est pas encore né. Je veux vous libérer. Il est drôle, lui. Attaché, enchaîné, coiffé de son turban bariolé et engoncé dans sa robe ridicule. Et il prétend être notre rédempteur. Comment tu t’appelles déjà ? Jésus. Tu es né où ? A Roubaix sûrement. Jésus a préféré déverrouiller ses menottes, faire s’ouvrir la porte du véhicule et bondir en marche. Pas inclusif, celui-là, a déclaré la plus gradée. Un bouffon, un dépravé. Il est temps de reprendre les choses en main.
Jésus est confiné

Jésus est en grève