la commissure des sèves
humains copuleraient comme des chameaux et le soleil tracerait des cercles azurés. Il conseillerait aux amis de boire jusqu’à l’aube et parlerait d’une gazelle qu’on aurait surnommée liberté. Il suggérerait une vingtaine de jours fériés par an et proposerait comme symbole un calendrier qui exposerait la générosité des jeunes femmes opulentes dont la poitrine laisserait libre cours à leur dynamique musicale. Viens danser serait le credo et viens baiser le dogme.

Mais Dieu rêvait. Dieu est un grand poète qui cultive des fleurs aux pistils aphrodisiaques, enfin pas les fleurs mais le parfum extrait à l’aide d’un alambic céleste acheté aux puces de Clignancourt. Dieu avait beaucoup voyagé. Il allait souvent à Paris pour rencontrer des amis africains.

Il se souvenait avoir dansé nu avec trois femmes ardentes dont le sexe sentait le jasmin et qui laissaient couler sur leur peau les huiles essentielles et charnelles qui emplissaient ses yeux de l’image du désert. Assoiffé, hypnotisé, il hurlait comme le loup à la steppe, et emplissait l’espoir d’un venin coloré et subtil. Les trois furies le dépossédèrent de sa force mais en échange lui transmirent par le corps les ondes magiques du savoir.

Dieu éprouva ce sentiment imbécile mais féerique de l’immortalité. Je suis invincible, je ne peux plus mourir, cria-t-il à une adolescente déjà développée, qui lui répondit : tais-toi tu vas nous faire repérer. Mais je sais tout, je suis tout. Elle perdit patience et disparut dans la nuit.

Dieu est un animal farouche qui prend peur à la moindre défaillance amoureuse. Il pleura sur son sort puis déboucha une bouteille de vin chilien. C’est soul qu’il tituba dans le vide et qu’il donna un coup de pied au destin fatigué mais cruel.

Quand la vipère l’a mordu au talon, il a trouvé la farce mauvaise mais son sens de l’humour l’a quand même emporté sur son désir de vengeance. C’est la force et la faiblesse de Dieu que de préférer le rire à la violence, celui qui emplit les échos de la roche et fait vibrer le vent de litanies amoureuses. Un médecin lui a parlé de névroses sans se soucier de la morsure. Heureusement pour lui Dieu est insensible au poison. Pourtant il en a bu par coupes entières, de jaunes amers, de rouges brûlant à vif ses souhaits les plus enfantins, d’autres enfin parsemés de couleurs perdues de songe. Et toujours il garde ce sourire qui le fait passer pour un Roumain ou un Kosovar, qui, malgré le froid, sait se rendre sympathique.

Alors Dieu ouvre la fenêtre de ce grand bâtiment entouré d’arbres et de bosquets. Il grimpe sur la grille et entonne son chant céleste. Quand une magnifique créature aux yeux maquillés d’arabesques multicolores lui fait remarquer qu’il lyrisme un Anthem polythéiste il lui rétorque qu’il est plusieurs en lui et qu’il va lui prouver.

Et c’est bras dessus bras dessous qu’il l’invite à rencontrer les filles de l’océan et les lémuriens de  l’amour.

Depuis plus personne n’a vu Dieu mais tout le monde en parle.


Dieu est un joueur de Poker(a)